Holly doesn’t go lightly

Les héroïnes de la photographe Holly Andres (née en 1977) semblent à la fois échappées du générique de Virgin Suicides, de Peyton Place et d’Alice aux Pays des Merveilles. Les frêles jeunes femmes chuchotantes se meuvent sur la pointe des pieds ; elles portent de lourds secrets, sont souvent rousses et auréolées de l’imminence du scandale. Imaginez  Jean-Jacques Henner ébauchant une nouvelle Madeleine (plus flamboyante que pénitente) en regardant Desperate Housewives

Chaque série de clichés raconte une histoire, comme “Sparrow Lane”. Andres, par le biais d’une mise en scène précise et extrêmement soignée, fait pénétrer le spectateur dans l’intimité et la psyché du personnage principal.

Dans un étroit couloir aux murs tendus de velours vert, des cadres serrés les uns contre les autres contiennent des instantanés trompeurs autant que révélateurs. Là où l’on se serait attendu à croiser scènes de paisible bonheur familial et jeux d’enfants, on découvre tiroirs entrouverts, mèches de cheveux, détail d’une robe et flagrante absence de présence masculine.

On aurait pu passer devant sans y jeter une deuxième regard ; chaque élément constitue pourtant une pièce du rébus qui mène lui-même vers la clef du mystère – la fameuse clef qui ouvre le site web d’Holly Andres, et clôt la série de photographies.

Holly Andres compose sa scénographie avec emphase et sens du drame, comme l’aurait fait un peintre d’Histoire : “Outside the forbidden bedroom” (ci-dessous) offre l’image inversée des royaux Fils d’Edouard” de Delaroche (1833, musée du Louvre), attendant la mort enfermés dans leur chambre.

On pense aussi aux modernes compositions d’Edouard Levé (1965-2007), inspirées du Caravage ou de George de la Tour, grands détourneurs de lumière. Puis on oublie toute référence, pour enfin s’immerger, en retenant son souffle, dans l’univers si particulier d’Holly Andres.

Crédits Holly Andres, galerie Robert Mann NY et Hartmann Fine Art


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