Design, ramage, plumage : Camille Cortet, oiseau de paradis de la Design Academy Eindhoven


A Eindhoven, l’exposition annuelle des travaux de diplôme des élèves de la Design Academy demeure l’un des événements les plus courus de la Dutch Design Week. En pénétrant dans la première salle, on aperçoit immédiatement le travail de Camille Cortet : dans sa démarche, comme visuellement, son étrange série de “Transformations” sort du lot. Colliers et plastrons masculins (une sorte de cravate qui se transforme en jabot comme pour imiter un bel oiseau en pleine opération de séduction) ou des vêtements découpés au laser, qui semblent fait de peau de serpent : l’ensemble aurait pu sembler froid, voir un brin répulsif (quelques mètres plus loin, la collection de cercueils biodégradables pour foetus morts-nés et avortés de Brigitte Coremans aurait toutefois emporté la palme du glauque). Mais les résultats dégagent un charme indéniable, et la réaction du public en témoigne amplement. Parade et panoplie de séduction s’avèrent efficaces.

In Eindhoven, the Design Academy  annual graduation show is one of the most waited-for events of the Dutch Design Week. One step into the first room, and you will immediately notice Camille Cortet’s works : her eerie “Transformations” pieces actually stand out. An array of aerial stringy collars for men (ties to be turned into plumped-up necklaces to imitate birds in seduction phase) and laser-cut clothes that seem made of snake skin: it could have been strange and even repulsive (although it could not have been creepier than Brigitte Coremans’ bio-degradable coffins for stillborn babies displayed a few meters away). But the results are beautiful and somehow mesmerizing, judging by the reactions of the audience. Indeed, the seduction part has proven effective.

« Les animaux sont dotés de pouvoirs miraculeux pour se transformer. En réponse à leur environnement, ils sont capables de modifier leur taille ou la couleur de leur peau, de leurs plumes, de leur fourrure. Cela les aide à faire impression sur d’autres animaux, les séduire, ou encore se fondre au décor environnant. » Le travail de Camille (oiseau et séduction, poisson et “boucliers” naturels, serpent et mue) met en lumière, plutôt que les différences, les similitudes existant entre l’Homme et et l’animal, dans leurs cycles naturels et comportements.

«Animals have miraculous ways of transforming themselves. In response to their environment, they will be able to change their size or make their skin, fur, or feathers change colour or texture. It will help them make an impression on their fellow animals or seduce them, or help them blend into their environment.» Camille stresses in her works (bird and seduction, fish and shielding, snake and molting), rather than differences, the closeness between man and animal behaviours and natural cycles.

Camille Cortet a commencé son cursus à la Design Academy  d’Eindhoven en 2006, après obtention d’un BTS en Création industrielle auprès d’Olivier de Serres, Paris (ENSAAMA, Ecole Nationale Superieure d’Arts Appliqués et Métier d’Arts) à Paris. Dans le travail de Camille Cortet, d’autres exemples illustrent sa démarche ancrée et intelligente, dans des domaines variés : Slow water est un lavabo de béton peu commun, dont la “peau” cirée transforme chaque goutte d’eau en une perle qui roule à sa perte. Sociologiquement corrects, sans détours, la collection de bijoux Addiction épingle les nôtres, figeant ces gestes qui nous trahissent en autant de joyaux symptomatiques. Désormais diplômée, Camille Cortet ne rentrera pas en France tout de suite : elle vit et travaille à Amsterdam (supervisant la création et la production d’une collection de sacs pour la très branchée marque WEIdesign). Doit-on voir dans cette opération de séduction une punition infligée par les Pays-Bas pour avoir éloigné Li Edelkoort d’Eindhoven ? Le doute est permis.

Camille Cortet joined the Eindhoven Design Academy  in 2006, after graduating from Olivier de Serres in Paris (ENSAAMA, National Institute for Applied Arts and Crafts). Smart and grounded, her work also includes an uncommon concrete sink, Slow water (water drops rolling onto the waxed surface like pearls), or turning addictions and symptomatic gestures into jewels. Now degreed from Eindhoven Design Academy, Camille Cortet lives and works in Amsterdam (coordinating a collections of bags at trendy WEIdesign). Probably Netherlands’ backlash at our keeping Li Edelkoort away from Eindhoven…




Comments

2
  • Prof Z

    1/Ce travail me fait penser à une phrase du grand penseur numérique et polémiste de l’Ensci, Jean Louis Frechin … en forme d’autocritique du système éducatif français qui s’est pris à une époque pour un modèle.
    “Le faire au cœur de la pensée: l’action comme moteur théorique. le nouveau dans la pratique.On est ici loin de la désincarnation theorico-centrée et de l’égoconception qui trouble les écoles de design française. ”
    Je me pose, comme Catherine Geel, une question sur DAE Design Academy Eindhoven, . Est un système ou un modèle?
    2/ Dans des typologies differentes, je fais un parallèle avec ce travail suisse…
    Le fer/ faire au cœur de la pensée de cet atelier suisse.
    Le projet des suisses de l’atelier Oï pour Foscarini est bien plus brillant et lumineux . Voir la video de leur processus créatif….
    http://www.youtube.com/watch?v=yGI0DDVJ5gM

  • Prof Z

    un autre français à DAE primé à Hyeres -francois-dumas qui ne reviendra pas
    http://www.journal-du-design.fr/index.php/design/design-sealed-chair-par-francois-dumas-6572/

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